
Succession Immobilière à Dubaï pour les Expatriés
Comprendre les lois de succession à Dubaï est essentiel pour tout expatrié propriétaire. Ce guide complet détaille les récentes réformes légales, l'importance du testament et les options de planification pour sécuriser votre patrimoine immobilier.
L'achat d'un bien immobilier à Dubaï est une étape excitante, le symbole d'un projet de vie ou d'un investissement mûrement réfléchi. Cependant, une question cruciale est trop souvent mise de côté par les expatriés: que deviendra ce patrimoine en cas de décès? La planification successorale peut sembler un sujet lointain, voire morose, mais la négliger est sans doute la plus grande erreur qu'un propriétaire expatrié puisse commettre aux Émirats.
En tant que conseillère spécialisée pour les primo-accédants chez Gaia Living, je rencontre de nombreuses familles qui investissent toutes leurs économies dans la maison de leurs rêves. Mon rôle est de m'assurer qu'elles en comprennent tous les aspects, y compris les plus sensibles. La loi sur la succession immobilière à Dubaï pour les expatriés a considérablement évolué, offrant aujourd'hui une clarté et une sécurité sans précédent. Il est impératif de comprendre ces nouvelles règles pour protéger votre famille et votre investissement. Ce guide vous expliquera, pas à pas, comment naviguer ce paysage juridique.
Voici les points que nous allons explorer ensemble:
- Le grand changement: la nouvelle loi fédérale sur le statut personnel pour les non-musulmans.
- Le testament: pourquoi il reste votre outil le plus puissant.
- Les différentes options pour enregistrer un testament à Dubaï.
- L'impact du décès sur vos actifs: comptes bancaires et biens immobiliers.
- Le processus de succession en pratique: les étapes pour vos héritiers.
- Structures de propriété avancées: quand envisager une société offshore?
- Checklist finale: les actions concrètes à entreprendre dès aujourd'hui.
Le Mythe de la Charia et la Révolution Légale de 2023
Pendant des années, le principal frein psychologique pour les expatriés non-musulmans souhaitant acheter à Dubaï était la crainte que la loi islamique (Charia) ne s'applique à leur succession. Cette loi prévoit des règles de distribution du patrimoine bien définies, qui diffèrent souvent radicalement des principes successoraux occidentaux, notamment en ne reconnaissant pas toujours le concept de pleine propriété au conjoint survivant. Cette peur, bien que fondée sur l'ancien cadre juridique, n'est aujourd'hui plus d'actualité pour les expatriés non-musulmans propriétaires de biens immobiliers. Le changement est venu du Décret-Loi Fédéral n° 41 de 2022 sur le Statut Personnel Civil, entré en vigueur le 1er février 2023. Cette loi est une véritable révolution pour les expatriés résidents aux Émirats Arabes Unis.
Le principe est simple et puissant: en matière de succession, la loi applicable par défaut pour un non-musulman est désormais celle de sa nationalité au moment de son décès. Concrètement, si vous êtes un citoyen français propriétaire d'une villa à Arabian Ranches et que vous décédez sans avoir rédigé de testament, les tribunaux de Dubaï appliqueront le droit successoral français pour déterminer qui hérite de votre bien et dans quelles proportions. La loi émiratie vous donne le choix: par défaut, c'est la loi de votre passeport qui prime. Vous pouvez également, par un testament, choisir explicitement que la loi des Émirats Arabes Unis s'applique, mais c'est une option rarement pertinente pour un expatrié non-musulman.
Cette réforme majeure apporte une sécurité juridique immense. Elle aligne la pratique successorale des Émirats sur les standards internationaux et répond à une attente forte de la communauté expatriée. Cela signifie que la structure de votre héritage (réserve héréditaire, quotité disponible, droits du conjoint) sera celle que vous connaissez. Cependant, attention, cela ne signifie pas que le processus sera simple. Sans testament, vos héritiers devront engager une procédure judiciaire à Dubaï pour faire reconnaître et appliquer la loi de votre pays d'origine. Ils devront prouver, via des experts juridiques, le contenu de la loi française, la faire traduire et la présenter au juge émirati. C'est un processus qui peut s'avérer long, complexe et coûteux.
Le message clé de cette réforme n'est donc pas qu'il ne faut plus rien faire, mais que le système vous offre désormais une base solide sur laquelle construire votre planification. Le droit de votre nationalité est le filet de sécurité; le testament est l'outil qui vous permet de prendre le contrôle total du processus. La loi a supprimé l'incertitude sur le fond du droit, mais seule une bonne planification peut éliminer les frictions, les délais et les coûts procéduraux. C'est là que réside toute l'importance d'une démarche proactive. Ignorer cette étape en se disant que "la loi de mon pays s'applique automatiquement" est une erreur d'interprétation qui pourrait laisser votre famille dans une situation très difficile.
Le Testament: Votre Bouclier Juridique Indispensable
Projet en vedetteMalgré l'évolution positive de la loi, je le dis à tous mes clients sans la moindre hésitation: si vous êtes propriétaire à Dubaï, vous devez avoir un testament. C'est un acte de responsabilité non négociable envers vos proches. Penser que la nouvelle loi suffit est une vision à court terme. Le testament n'a pas pour seul but de décider qui hérite de quoi; il a pour fonction essentielle de simplifier et d'accélérer drastiquement la transmission de votre patrimoine. Sans testament, vos héritiers entrent dans un labyrinthe administratif et judiciaire. Avec un testament clair et enregistré localement, vous leur offrez une feuille de route que les tribunaux de Dubaï peuvent exécuter rapidement.
Un testament enregistré à Dubaï agit comme une instruction directe et sans équivoque pour les autorités locales. Il élimine toute ambiguïté sur vos dernières volontés. Il nomme un exécuteur testamentaire, la personne de confiance chargée de gérer votre succession, de payer les dettes et de distribuer les biens. Surtout, il évite à vos héritiers la tâche ardue de devoir prouver le contenu du droit de votre pays d'origine. Imaginez le scénario: votre famille, déjà en deuil, doit trouver des avocats en France et à Dubaï, faire traduire des textes de loi complexes, et attendre des mois qu'un tribunal émirati statue sur la base de ces éléments. Un testament enregistré à Dubaï court-circuite tout ce processus. La procédure d'homologation (l'obtention de l'ordonnance du tribunal, ou *succession order*) devient une formalité administrative plutôt qu'un long combat judiciaire.
De plus, le testament est le seul outil qui vous permet de déroger aux règles successorales par défaut de votre propre pays si vous le souhaitez. Le droit français, par exemple, impose une "réserve héréditaire" qui garantit une part de l'héritage à vos enfants. Un testament enregistré au DIFC (Dubai International Financial Centre) vous offre une liberté testamentaire quasi totale, vous permettant de léguer 100% de vos biens à la personne de votre choix, par exemple votre conjoint, sans être contraint par la réserve héréditaire. C'est une flexibilité que n'offre pas le droit français. Pour un couple expatrié qui a construit son patrimoine ensemble, c'est souvent la solution la plus juste et la plus simple pour protéger le conjoint survivant.
Enfin, un testament est crucial pour un aspect souvent négligé: la tutelle de vos enfants mineurs. Si vous et votre conjoint veniez à disparaître dans un accident, qui s'occuperait de vos enfants résidant à Dubaï? Sans une clause de tutelle claire dans un testament enregistré localement, la décision reviendrait aux tribunaux de Dubaï, appliquant les règles émiraties pour désigner un tuteur. Cela peut mener à des situations déchirantes et contraires à vos souhaits. En nommant des tuteurs (un tuteur principal et un tuteur suppléant) dans votre testament, vous vous assurez que vos enfants seront immédiatement pris en charge par les personnes que vous avez choisies, en attendant les formalités. C'est un aspect fondamental de la protection de votre famille.
“À mon avis, ne pas avoir de testament enregistré à Dubaï lorsque l'on est propriétaire est une négligence financière et familiale. Le coût et l'effort sont dérisoires face aux complications, aux frais et au stress que vous épargnez à vos proches.”
Comment et Où Enregistrer Votre Testament à Dubaï?
Convaincu de la nécessité d'un testament, la question suivante est: comment faire? Dubaï a mis en place des structures juridiques modernes et accessibles, spécifiquement pour les expatriés non-musulmans. Il existe principalement deux voies royales pour enregistrer un testament qui sera reconnu sans difficulté par les tribunaux de Dubaï: le registre des testaments du DIFC et celui de l'ADJD (Abu Dhabi Judicial Department).
1. Le Registre des Testaments et des Successions du DIFC (DIFC Wills Service): C'est l'option la plus connue et la plus utilisée par les expatriés à Dubaï. Le DIFC est une zone franche financière avec son propre système juridique basé sur la *common law* anglaise. Son service de testament a été créé en 2015 pour permettre aux non-musulmans de léguer leurs biens selon leurs vœux, en contournant l'application de toute autre loi, y compris la loi de leur nationalité ou la Charia. Il offre une liberté testamentaire totale. Vous pouvez y enregistrer plusieurs types de testaments, couvrant vos biens à Dubaï, à Ras Al Khaimah, ou même dans le monde entier.
- Avantages: Liberté testamentaire complète, processus en anglais, possibilité d'enregistrement en ligne par visioconférence (très pratique), infrastructure juridique robuste et éprouvée. Le DIFC est le standard de référence.
- Coût: Les frais d'enregistrement varient selon le type de testament. Pour vous donner un ordre d'idée, un testament simple pour une personne coûte environ 10 000 AED, et un testament miroir pour un couple environ 15 000 AED. À cela s'ajoutent les honoraires du juriste qui le rédigera. Ce n'est pas une dépense, c'est un investissement dans la tranquillité d'esprit.
2. Le Registre des Testaments pour Non-Musulmans de l'ADJD (Abu Dhabi Judicial Department): Similaire au système du DIFC, ce service basé à Abu Dhabi est également ouvert à tous les expatriés non-musulmans des Émirats, peu importe où ils résident ou où se situent leurs biens dans le pays. Il permet également de choisir l'application d'une loi étrangère ou de dicter librement la distribution de ses biens. Le processus est bilingue (arabe/anglais) et peut aussi se faire à distance.
- Avantages: Souvent perçu comme légèrement moins onéreux que le DIFC, il offre une flexibilité comparable. Le choix entre ADJD et DIFC est souvent une question de préférence personnelle ou de conseil de votre avocat.
- Coût: Les frais sont généralement inférieurs à ceux du DIFC, ce qui peut le rendre attractif. Comptez quelques milliers de dirhams pour l'enregistrement, en plus des frais de rédaction.
Il est crucial de faire rédiger votre testament par un juriste spécialisé en droit successoral émirati. N'essayez pas de le faire vous-même à partir d'un modèle trouvé sur internet. Chaque situation familiale et patrimoniale est unique. Un professionnel s'assurera que le testament est juridiquement solide, qu'il couvre tous vos actifs (biens immobiliers, comptes bancaires, véhicules, parts de société), qu'il nomme correctement les exécuteurs et les tuteurs, et qu'il ne contient aucune clause ambiguë qui pourrait être contestée plus tard. C'est le rôle de l'avocat de traduire vos volontés en un document inattaquable devant les tribunaux de Dubaï.
Les Conséquences Immédiates du Décès sur Vos Actifs
Comprendre la théorie, c'est bien. Mais il faut aussi se préparer aux conséquences très pratiques et immédiates qui suivent un décès à Dubaï. Le choc émotionnel est souvent suivi d'un choc administratif lorsque les familles réalisent l'impact sur leurs finances quotidiennes. Le mot clé à retenir est: gel des actifs.
Dès qu'une banque est officiellement informée du décès d'un client, elle a l'obligation légale de geler immédiatement tous les comptes bancaires détenus au nom du défunt. Cela inclut les comptes courants, les comptes épargne et tout autre placement. Ce gel est total et irréversible jusqu'à ce que la banque reçoive une ordonnance du tribunal de Dubaï (le *succession order*) l'autorisant à débloquer les fonds et à les distribuer aux héritiers légitimes. Ce processus peut prendre de plusieurs semaines à plusieurs mois, même avec un testament en bonne et due forme.
Le gel s'applique également aux comptes joints. C'est un point que beaucoup ignorent et qui peut avoir des conséquences dramatiques. Si vous avez un compte joint avec votre conjoint, la banque gèlera le compte à hauteur de 50% (la part présumée du défunt) ou, dans certains cas, le compte entier en attendant une clarification du tribunal. Le conjoint survivant peut se retrouver subitement sans accès à des fonds essentiels pour le quotidien, le loyer, les frais de scolarité... C'est pourquoi, à titre de précaution, je conseille souvent aux couples expatriés de maintenir des comptes bancaires séparés en plus d'un compte joint, afin que le conjoint survivant conserve un accès immédiat à des liquidités en cas de problème.
Concernant l'immobilier, le principe est similaire. La propriété est "gelée" au sens où elle ne peut être ni vendue, ni louée, ni transférée tant que le processus de succession n'est pas terminé. Le Dubai Land Department (DLD) attendra de recevoir l'ordonnance du tribunal et le nouveau titre de propriété (*Title Deed*) au nom des héritiers avant d'autoriser toute transaction. Si le bien est loué, les loyers continueront d'être perçus (souvent sur un compte bloqué par l'exécuteur) mais ne pourront être distribués aux héritiers qu'à l'issue de la procédure. Si un prêt immobilier est en cours, les mensualités restent dues. Le gel des comptes peut compliquer le paiement, d'où l'importance pour les héritiers d'informer rapidement la banque prêteuse et de trouver une solution temporaire, souvent grâce à l'assurance-vie liée au prêt.
Cette période de gel est la raison principale pour laquelle la planification successorale est si vitale. Un testament bien fait et rapidement homologué permet de réduire cette période d'incertitude au minimum. Sans testament, le temps nécessaire pour obtenir l'ordonnance du tribunal s'allonge considérablement, prolongeant d'autant le blocage des actifs et les difficultés financières pour la famille. Prévoir une réserve de liquidités accessible au conjoint survivant sur un compte séparé est une mesure de prévoyance simple et efficace.
Le Processus de Succession: Guide Étape par Étape pour les Héritiers
Lorsque le décès survient, les héritiers doivent initier le processus de succession auprès des tribunaux de Dubaï. Même avec un testament, des étapes précises doivent être suivies. Voici une vue d'ensemble du parcours qui attend votre famille, et comment une bonne planification le facilite.
Étape 1: Obtenir les documents officiels. La première chose à faire est d'obtenir l'acte de décès officiel auprès des autorités sanitaires de Dubaï (Dubai Health Authority ou MOHAP). Ce document devra ensuite être attesté par plusieurs ministères avant de pouvoir être utilisé. Tous les documents personnels (passeports, visas de résidence, acte de mariage, actes de naissance des enfants) devront être rassemblés.
Étape 2: Nommer un avocat et ouvrir le dossier de succession. Les héritiers (ou l'exécuteur testamentaire nommé) devront mandater un avocat local pour les représenter. L'avocat déposera une requête auprès du tribunal compétent (le tribunal de la famille pour les cas standards, ou le tribunal du DIFC si le testament y est enregistré) pour ouvrir le dossier de succession. C'est à ce moment que le testament est présenté.
Étape 3: L'inventaire des actifs et des passifs. L'avocat, en collaboration avec l'exécuteur, va dresser un inventaire complet du patrimoine du défunt aux Émirats: biens immobiliers, comptes bancaires, véhicules, actions, etc. Il rassemblera également toutes les dettes: prêts immobiliers, prêts personnels, cartes de crédit. Les tribunaux exigeront des lettres des banques, du DLD, de la RTA pour confirmer la liste des actifs.
Étape 4: L'homologation du testament et l'obtention de l'ordonnance de succession. * Avec un testament DIFC/ADJD: Le processus est relativement rapide. Le tribunal vérifie la validité du testament et, en l'absence de contestation, délivre une ordonnance d'homologation (*Grant of Probate*) qui confirme l'autorité de l'exécuteur, et une ordonnance de succession (*Succession Order*) qui liste les héritiers et leurs parts respectives, conformément au testament. Cela peut prendre quelques semaines à quelques mois. * Sans testament: C'est ici que la situation se complique. Les héritiers doivent prouver la loi de leur nationalité. Le tribunal de Dubaï nommera un expert pour examiner les lois successorales du pays d'origine. Cela implique des traductions, des expertises juridiques, et potentiellement plusieurs audiences. Le processus peut facilement s'étendre sur plus d'un an et coûter des dizaines de milliers de dirhams en frais juridiques et de traduction.
Étape 5: L'exécution de la succession. Une fois l'ordonnance du tribunal obtenue, l'exécuteur testamentaire peut agir. Il présentera l'ordonnance aux différentes institutions: - Aux banques: Pour débloquer les comptes et distribuer les fonds aux héritiers. - Au Dubai Land Department ([DLD](https://dubailand.gov.ae)): Pour transférer la propriété du bien immobilier. Les héritiers devront payer les frais de transfert applicables (généralement un pourcentage de la valeur du bien, similaire aux frais de DLD à l'achat, soit 4%) pour que le titre de propriété soit émis à leurs noms. - À la RTA: Pour transférer la propriété des véhicules.
L'exécuteur doit d'abord s'acquitter de toutes les dettes du défunt (prêts, impayés) avec les actifs de la succession avant de distribuer le solde aux héritiers. Le processus se termine lorsque tous les actifs ont été transférés et que le dossier est clôturé auprès du tribunal.
Structures de Propriété Avancées: Une Option à Considérer?
Pour les investisseurs possédant un portefeuille immobilier important ou une situation familiale complexe, une autre stratégie de planification successorale peut être envisagée: la détention de biens immobiliers via une structure sociétaire. Au lieu d'acheter une villa à Palm Jumeirah en votre nom propre, vous la faites acheter par une société que vous détenez. Cette approche modifie fondamentalement les règles de la succession.
L'idée est la suivante: ce n'est plus le bien immobilier lui-même qui fait partie de votre patrimoine personnel, mais les parts de la société qui en est propriétaire. Par conséquent, à votre décès, la transmission ne concerne pas un bien immobilier soumis aux tribunaux de Dubaï, mais des actions d'une société. La succession est alors régie par les statuts de la société et les lois de la juridiction où elle est enregistrée. Les structures les plus courantes utilisées à cette fin sont les sociétés *offshores* enregistrées dans des zones franches comme la Jebel Ali Free Zone (JAFZA) ou le RAK ICC (Ras Al Khaimah International Corporate Centre).
Ces structures permettent d'intégrer des mécanismes de succession directement dans les statuts de la société. Par exemple, vous pouvez être actionnaire avec votre conjoint, avec une clause stipulant qu'au décès de l'un, ses parts sont automatiquement transférées au survivant. On peut aussi créer différentes classes d'actions ou mettre en place une fondation pour détenir les biens, offrant un contrôle très fin sur la transmission du patrimoine sur plusieurs générations. C'est un outil puissant, mais qui n'est pas pour tout le monde. La mise en place et la maintenance annuelle d'une telle structure ont un coût significatif: frais de constitution, de licence annuelle, de comptabilité... Cela se chiffre en dizaines de milliers de dirhams chaque année.
Quand cette option devient-elle pertinente? À mon avis, elle doit être réservée aux cas suivants: - Portefeuilles immobiliers multiples: Si vous possédez plusieurs propriétés à Dubaï, les regrouper sous une seule holding peut simplifier la gestion et la succession. - Actifs très importants: Pour des biens valant plusieurs dizaines de millions de dirhams, les coûts de la structure deviennent proportionnellement faibles par rapport à la valeur des actifs protégés. - Volonté d'éviter toute procédure judiciaire à Dubaï: Le transfert d'actions se fait en dehors du système judiciaire de la succession, ce qui peut être plus rapide et plus confidentiel. - Planification complexe sur plusieurs générations: Les fondations, en particulier, permettent de dicter l'usage et la transmission du patrimoine bien après votre décès.
Pour 95% des expatriés qui achètent un appartement ou une villa pour leur famille, une telle structure est une complexité et une dépense inutiles. Un testament DIFC bien rédigé est largement suffisant, plus simple et beaucoup moins coûteux. N'envisagez la voie de la société offshore qu'après avoir consulté des conseillers juridiques et fiscaux spécialisés, qui pourront évaluer si les avantages l'emportent sur les coûts et la complexité administrative pour votre situation spécifique. C'est un outil de niche pour la très haute finance, pas une solution standard pour l'acheteur résidentiel typique.
La nouvelle loi sur la succession des expatriés à Dubaï est une avancée majeure, mais elle ne remplace pas la nécessité d'une planification active. Un testament enregistré localement, de préférence via le DIFC, reste l'outil le plus simple, le plus efficace et le plus économique pour garantir une transmission rapide et sans heurts de votre patrimoine immobilier, protégeant ainsi votre famille de complications juridiques et financières inutiles en des temps difficiles.
Votre Checklist pour une Succession Sereine
La théorie est maintenant claire, il est temps de passer à l'action. La planification successorale n'est pas une chose que l'on remet à plus tard. Voici une checklist simple des étapes concrètes que je vous recommande d'entreprendre dès que vous devenez propriétaire à Dubaï.
1. Rassemblez tous vos documents: - Créez un dossier (physique ou numérique sécurisé) contenant des copies de: - Passeports et visas de résidence de toute la famille. - Emirates ID. - Acte de mariage et actes de naissance des enfants (attestés si nécessaire). - Titres de propriété de vos biens immobiliers (*Title Deeds*). - Contrats de prêt immobilier. - Relevés de tous vos comptes bancaires et placements. - Contrats d'assurance-vie. - Documents d'immatriculation de vos véhicules. - Statuts si vous détenez des sociétés aux Émirats.
2. Prenez rendez-vous avec un conseiller juridique spécialisé: - Ne vous contentez pas d'un avocat généraliste. Cherchez un cabinet ou un juriste dont l'expertise principale est la succession et la planification patrimoniale pour les expatriés aux Émirats. Chez Gaia Living, nous pouvons vous orienter vers des professionnels de confiance. - Préparez cette rencontre en listant clairement vos actifs, vos dettes et, surtout, vos volontés: à qui souhaitez-vous léguer vos biens et dans quelles proportions? Qui voulez-vous nommer comme exécuteur testamentaire? Qui désignez-vous comme tuteur pour vos enfants?
3. Rédigez et enregistrez votre testament: - Sur la base de votre discussion, votre avocat rédigera un projet de testament. Pour un couple, il s'agira souvent de testaments miroirs. - Lisez-le attentivement. Assurez-vous que chaque clause est claire et reflète parfaitement vos intentions. - Procédez à l'enregistrement officiel, très probablement via le service en ligne du DIFC Wills Service. Le processus par visioconférence est simple et rapide.
4. Organisez et communiquez: - Une fois votre testament enregistré, conservez l'original en lieu sûr et donnez-en une copie à votre exécuteur testamentaire. - Informez votre exécuteur de son rôle et indiquez-lui où trouver tous les documents nécessaires le moment venu. Il est crucial que cette personne sache quoi faire. - Rédigez une "lettre de vœux" informelle à joindre à votre testament. Elle n'a pas de valeur légale mais peut donner des instructions pratiques à vos proches (gestion des comptes de réseaux sociaux, souhaits funéraires, etc.). - Révisez votre testament tous les 3 à 5 ans, ou lors de tout changement majeur dans votre vie (naissance, divorce, acquisition importante). Un testament doit rester le reflet de votre situation actuelle.
Cette démarche structurée peut sembler fastidieuse, mais elle est la pierre angulaire d'un investissement immobilier responsable à Dubaï. Elle transforme une source potentielle d'anxiété en un pilier de sécurité pour l'avenir de votre famille. C'est le dernier acte, et non le moindre, de la protection de votre foyer.
Sources
- Gouvernement des Émirats Arabes Unis (u.ae) : Règles sur la succession et l'héritage
- Dubai Land Department (DLD) : Portail officiel
- Dubai International Financial Centre (DIFC) : DIFC Courts & Wills Service
- Abu Dhabi Judicial Department (ADJD) : Service de testament pour non-musulmans
- Central Bank of the UAE : Réglementations bancaires
Questions, answered
- Quelle loi s'applique à la succession d'un expatrié non-musulman à Dubaï?
- Depuis la loi fédérale de 2023, la loi de la nationalité du défunt s'applique par défaut à la succession de ses biens immobiliers à Dubaï, sauf s'il a rédigé un testament optant pour la loi des Émirats Arabes Unis.
- Dois-je faire un testament pour ma propriété à Dubaï?
- Oui, absolument. Même si la loi a évolué, un testament enregistré à Dubaï (DIFC ou ADJD) est le moyen le plus sûr et le plus rapide de garantir que vos volontés soient respectées sans ambiguïté et de simplifier la procédure pour vos héritiers.
- Que se passe-t-il si un expatrié décède sans testament à Dubaï?
- La loi de son pays d'origine sera appliquée à ses biens immobiliers. Cependant, sa famille devra prouver le contenu de cette loi devant les tribunaux de Dubaï, un processus qui peut être long, complexe et coûteux. Un testament évite cette complication.
- Mes comptes bancaires sont-ils gelés à mon décès à Dubaï?
- Oui, tous les comptes bancaires personnels du défunt sont immédiatement gelés dès la notification du décès, et le restent jusqu'à ce qu'un ordre du tribunal de Dubaï autorise la distribution des fonds. Les comptes joints peuvent également être affectés, gelant la part du défunt.
- Comment puis-je enregistrer un testament à Dubaï?
- Vous pouvez enregistrer un testament auprès du registre des testaments et des successions du Dubai International Financial Centre (DIFC) ou du Abu Dhabi Judicial Department (ADJD). Le processus peut souvent se faire en ligne via visioconférence et est spécifiquement conçu pour les non-musulmans.
- Est-ce que l'achat en nom propre ou via une société change la succession?
- Oui. Une propriété détenue par une société offshore (comme une JAFZA ou RAK ICC) suit les règles de succession de la société, pas de l'individu. Cela peut être une stratégie de planification, mais elle est complexe et coûteuse, réservée à des portefeuilles très importants.

Chloé démystifie le parcours d'achat pour les primo-accédants et les expatriés : prêts immobiliers, visas, séquestre et formalités. Sans jargon, sans a priori.
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